La blessure mortelle de l’éléphant ?

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vf_mosha_elephant_sli_1794.jpeg_north_562x_whiteLa majorité présidentielle n’aura pas résisté longtemps à l’élection de François Hollande,
Le groupe parlementaire socialiste n’aura pas résisté à l’affadissement du débat et au caporalisme,
Le Parti Socialiste n’aura pas résisté à la lente décomposition d’un corps malade.

Compte rendu d’une journée particulière et moment clé du quinquennat

Dans la matinée du 05 juillet, salle Victor Hugo au 3ème sous-sol de l’immeuble de l’assemblée Nationale « Chaban Delmas » devant mon groupe parlementaire s’est tenu un procès en déloyauté, en « escroquerie » instruit par des procureurs de pacotille contre notre camarade Olivier Faure, pourtant vice-président du groupe (!), un moment digne d’un soviet sépia.
Face à nous, à la tribune, autour du Premier Ministre et du Président du groupe Bruno Le Roux siégeaient Claude Bartolone Président de l’assemblée, Jean- Christophe Cambadélis 1er secrétaire du PS, Myriam EL Khomri la Ministre du travail et Clotilde Valter secrétaire d’Etat à l’apprentissage.

Le Président de groupe a posé les jalons de l’intervention du 1er Ministre aidé par quelques députés mélangeant morale et digressions sur la forme pour accabler Olivier Faure. Lorsque Manuel Valls prit la parole, la cause était entendue, la comédie battait son plein, même s’il crût utile de cibler avec virulence les plus de 100 camarades suspects de manœuvre ou d’avoir été abusés (!), sauf à imaginer qu’ils ne liraient pas les amendements qu’ils cosignent. La voix du compromis défendue tour à tour par Kader Arif, Olivier Faure, Christian Paul et Jean-Marc Germain a ainsi été balayée sous des applaudissements peu nourris.

Quant à la cerise sur le gâteau, ce furent les 2 interventions qui ont convoqué dans le débat Rocard et Mitterrand. Que dire face à de telles manœuvres, même si par construction, je ne nie pas les divergences et les oppositions sur ce texte, mais les morts quand même…

L’après-midi dans l’hémicycle fut un continuum rapidement évacué avec un discours ciblant essentiellement ce qu’il est convenu d’appeler « les frondeurs ».

La situation politique au sein de notre famille politique

  • Un Président bunkérisé à la recherche d’un trou de souris, c’est maintenant !
  • Un 1er Ministre « sourd » à la fronde… de nos électeurs, c’est maintenant !
  • Un groupe majoritaire « victime » d’un gaz incapacitant, c’est maintenant !

Les gens nous ignorent, pire nous détestent simplement parce que socialistes. C’est pourtant le triste constat auquel font face les militants qui se sont tellement investis, 4 ans après la victoire tant attendue de 2012. Bien sûr, nous pouvons faire semblant d’ignorer cette réalité inquiétante pour l’avenir de la Gauche, une réalité alimentée largement ces derniers mois par le débat insensé et contraire à toutes nos valeurs autour de la déchéance de la nationalité pour enchaîner avec cette loi travail non concertée, mal ficelée et au final particulièrement destructrice.

Il s’agit manifestement et ils ne s’en cachent plus, pour les partisans du 1er Ministre de faire main basse sur le parti en faisant table rase de ce qui peut encore nous réunir, la fameuse théorie en action des 2 Gauches irréconciliables.

Face à ce que je considère comme un « coup de force » légal, évidemment respectueux du cadre constitutionnel, la riposte ne pouvait pas prendre la forme d’une simple protestation.

Fallait-il, devais-je considérer que le clap de fin décidé par le 1er Ministre sonnait le glas du feuilleton loi travail en acceptant finalement sans réagir un charcutage ultime du texte par les technos des cabinets ministériels et de l’administration, j’en donnerai 2 exemples* éloquents. En effet, ces derniers peuvent supprimer par des amendements déposés à l’article 88 par le Gouvernement (c’est-à-dire non discutés si ce n’est appelés par leur numéro à la vitesse d’un TGV lors d’une réunion de la commission 30 mn avant la séance censée débattre d’un projet de loi) tout article ou alinéa jugé indésirable y compris contre l’avis du rapporteur.

Le Gouvernement portera une très lourde responsabilité face à ce qui précise pour 2017, le risque d’une Gauche éclatée et en ruines.

Vous comprendrez que cette catastrophe méthodiquement tricotée au plus haut niveau pour se construire un avenir personnel ne pèse davantage qu’une menace d’exclusion du parti socialiste ! J’en accepte l’augure car je n’ai qu’une famille politique et je ne roule pour personne.

Je continue à interroger régulièrement les neurones qui me restent pour ne pas trahir le mandat que m’ont confié les électeurs de la quatrième circonscription du Val d’Oise.

C’est donc avec gravité mais sans états d’âme que j’ai signé ce matin la motion de censure seule réponse adaptée à la gravité de la situation pour tenter de réveiller la Gauche.

Gérard SEBAOUN, député du Val d’Oise

 

 

*

  • 1er exemple : à l’article 30, le rapporteur a introduit en Commission la nécessité de remplir plusieurs indicateurs économiques pour permettre un licenciement pour motif économique. Le Gouvernement, grâce à l’article 49-3, est revenu à l’obligation de remplir un seul indicateur.

 

  • 2eme exemple : à l’article 44 (médecine du travail), j’avais introduit un droit d’alerte pour le médecin du travail avec inscription obligatoire au CHSCT ou en délégué du personnel avec obligation de réponse pour l’employer dans un délai bref à préciser par décret. Cet amendement avait reçu l’accord du rapporteur. Le Gouvernement l’a rayé d’un trait de plume.

Deux exemples du « progrès » du projet de loi lorsqu’il passe sous les lames du 49-3.


4 commentaires pour “La blessure mortelle de l’éléphant ?

  1. En si peu de temps, Hollande et valls auront réussi à faire éclater la gauche avec brio!
    Hollande a désormais complètement et définitivement zappé ses propres électeurs et il est temps de taper un bon coup sur sa tête et celle de Valls pour leur raviver la memoire.
    Sur ce coup là, je trouve donc cette Motion de censure juste et légitime.
    Bien dommage que les fenêtres de l’Elysee ne s’ouvrent pas sur l’exterieur car dehors le peuple est mécontent.

  2. Bravo monsieur le Député.
    En lisant votre papier je me dis tout simplement: voilà au moins un socialiste pour lequel je ne regrette pas d’avoir voté en 2012.
    Habitant de Franconville, militant CGT, président de l’Institut d’Histoire Sociale de la Fédération CGT des Services publics, je tiens à vous assurer de mon soutien pour aujourd’hui et pour demain.
    Encore bravo pour votre position courageuse.

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