Tribune – “La “pénibilité” n’a pas franchi les portes de l’ESSEC”

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Retrouvez ci-dessous ma vive réaction suite au pamphlet inouï publié par 2 professeurs de l’ESSEC contre le compte pénibilité.


20140715_165757Gérard Sebaoun, député PS du Val d’Oise, répond à Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l’Essec. Ceux-ci accusaient le gouvernement et sa majorité – à travers l’exemple du compte pénibilité – de ne rien connaître au marché du travail.

Ironie du calendrier, le jour où parait la tribune « Le compte pénibilité, une avancée à protéger », que j’ai signée sur leMonde.fr avec 32 collègues députés de la majorité, deux professeurs d’économie de l’ESSEC, Marc Guyot et Radu Vranceanu publient sur laTribune.fr un incroyable pamphlet contre le compte pénibilité.

Messieurs, vous n’avez peut-être lu attentivement ni la loi, ni l’étude d’impact, ni les préconisations de Michel de Virville (ancien DRH de Renault), sur l’application pratique du compte personnel de prévention de la pénibilité. Ou bien, vous les avez lus sans enlever vos œillères, ce qui j’en conviens, est un facteur de risque qui complique notre affaire et empêche techniquement une lecture objective

Une ignorance réelle du sujet

Oser contester la réalité quotidienne de la pénibilité de certains métiers (sur les chantiers, dans les ateliers, les usines ou les champs, dans tous les lieux de production où les cadences, la manutention lourde, les postures pénibles, les vibrations, la chaleur, le froid, le bruit ou l’usage de produits chimiques etc.), c’est faire peu de cas des salariés, de leurs représentants, des fédérations et des branches professionnelles, des travaux scientifiques, des préventeurs, bref de tous ceux qui travaillent sérieusement sur le sujet.

Oser colporter l’idée fausse que la mesure de la pénibilité devra se faire au quotidien « avec un système de surveillance monstrueux » est une véritable imposture.

Oser écrire sans retenue que le compte instaurera « une surveillance mesquine et minutieuse des gestes bafoue toute notion de créativité et de liberté individuelle qui doit pouvoir d’exprimer aussi sur le lieu de travail », c’est injurier les centaines de milliers de salariés concernés, et possiblement plus de 3 millions selon l’étude d’impact du projet de loi Retraites 2013.

Oser brandir les contre-exemples « du contrôleur aérien, du chirurgien, du directeur financier » qui exercent aussi un travail pénible (je ne nie pas le risque psychosocial potentiel de ces professions), c’est méconnaitre l’écart d’espérance de vie à 35 ans entre cadres ou professions libérales d’un côté, et les ouvriers de l’autre, qui s’élève à plus de 7 ans pour les hommes et 3 ans pour les femmes, et cet écart ne se réduit pas.

Une posture idéologique

Oser rejeter le compte en s’abritant derrière les différences individuelles physiques ou métaboliques (que personne ne conteste), c’est nier les conséquences potentiellement délétères de l’organisation et de l’environnement de travail, en dénonçant je ne sais quelle « approche marxiste du monde du travail ».

Oser affirmer que le marché du travail fonctionne avec une parfaite égalité entre salariés et employeurs, ou affirmer le libre choix de la mobilité des salariés face à la pénibilité « vers des fonctions managériales à moindre effort physique » est une énième provocation.

Non messieurs, la loi n’a rien de « comique » comme vous l’écrivez. Elle permet dans sa traduction règlementaire de remédier à des inégalités admises par tous les partenaires sociaux, qui ont eux-mêmes élaboré la liste des dix facteurs de risque de pénibilité. La création de ce compte personnel est une réelle avancée sociale et l’inclusion de quelques grands noms de la littérature et de la pensée comme « Franz Kafka, Eugène Ionesco, George Orwell, Alfred Jarry et Karl Marx » ne rend pas votre article plus acceptable. Je suis affligé qu’un tel message puisse être délivré aux étudiants de l’ESSEC.

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